Faisons le point pour commencer.
J’ai un abonnement internet+TV+téléphone chez Free, un abonnement Canal Sat avec un pack pour Discovery et National Géographic (entre autres), je paye une redevance télé, j’ai une carte de cinéma Gaumont, je regarde des films sur Canal Play et achète de la musique sur iTunes Music Store.
Je ne fais pas partie de ceux qui téléchargent à outrance, au simple motif de posséder, même s’il m’arrive de télécharger de la musique ou des films de temps en temps.
Je ne pense pas être très différent de Monsieur et Madame Tout-le-monde.
Alors, pour ou contre HADOPI ?
C’est un peu plus compliqué que ça. Je suis tout à fait pour la protection des intérêts des artistes quels qu’ils soieint. Je suis tout à fait d’accord avec consommer passe par le paiement de son dû. Je suis contre le vol systématique sous prétexte qu’il faut prendre gratuit dès que c’est possible.
Par contre, il me semble que la loi HADOPI ne répond pas réellement à ces problèmes.
La motivation principale derrière HADOPI est économique. Le téléchargement sauvage de médias diminue d’autant les revenus de l’industrie. Mais qui perd le plus ? Les artistes ou les maisons de productions ? Pour quoi cette question ? Car j’ai tendance à penser que si les artistes se cassent le tronc à créer, les maisons de disques sont plutôt dans une logique de rentabilité et de profits à court terme et sans risque. Ce qui étouffe la richesse de la création et n’invite pas à la consommation.
La forme d’HADOPI est répressive. C’est bien sûr la facilité. Mais l’efficacité vient de la pédagogie et de la compréhension des mutations de l’environnement. Ce qui est nettement plus compliqué et nécessite des remises en cause que les industriels préféreraient ne pas avoir à faire.
Quelle est ma réalité du téléchargement et en quoi HADOPI me pose un problème ? Je ne suis plus un étudiant vivant avec un tout petit budget qui me pousserait à trouver la réponse à mes besoins de manière gratuite pour éviter de sombrer dans l’absence de culture (quelle qu’elle soit). Je paye (beaucoup) et j’ai donc accès à pas mal de choses. Oui, mais voilà, Malgré les centaines de chaînes (payantes et gratuites), il arrive que certains soirs, la totalité des programmes soit d’un intérêt proche du néant. Je me rabats donc vers le pay per view. Mais plus de 80% des films ne sont disponibles qu’en version française et payer 4 euros pour un film en VF, ça me fait royalement chier. Il m’arrive donc de télécharger un film sur le web alors qu’il passe à la télé, mais simplement pour l’avoir en VO. Pour ça, je ne me sens pas coupable du tout.
Il est de notoriété public que ma compagne et ma fille sont japonaises et pour éviter de faire un nivellement culturel par le vide, nous faisons en sorte de garder contact avec la culture nippone. Mais par les voies légales, vous pouvez toujours vous brosser pour trouver quelque chose. Chaîne de télé ? Rien. Films ? Quasi-rien. Musique ? Rien. Il ne reste plus qu’à aller chercher sur le web. Perte pour l’industrie ? Dans ce cas-là ? Aucune, puisque de toute façon, je ne peux consommer légalement.
Même chose pour iTunes. Comment consommer de la série quand on a le choix entre VO non sous-titrée et VF ? Comment télécharger un album sur le store français lorsqu’il n’est disponible que sur le store US ? Il faut peut être réfléchir à ça aussi… ça m’éviterait de devoir me débrouiller pour trouver ce dont j’ai envie sans devoir télécharger gratuitement.
J’ai beaucoup téléchargé lorsque j’étais étudiant. Résultat, je ne me suis pas décérébré et, le salaire arrivant, le confort s’installant, j’ai changé mes habitudes et j’ai transformé ma consommation gratuite et débrouillarde en consommation payante et pantouflarde. Mais l’important, c’est que les habitudes de consommation en terme de quantité sont restées et que du gratuit je suis passé au payant, ce qui fait de moi un bon consommateur.
J’ai tendance à sortir ma carte bleue beaucoup plus facilement lorsque j’entends ou je voie quelque chose d’intéressant que pour un énième clone facile. J’utilise alors le téléchargement ou le streaming pour faire ma sélection. Ce qui doit bien embêter l’industrie : consommer de manière clairvoyante n’est pas à leur avantage.
Je soupçonne donc HADOPI de ne pas répondre aux vrais problèmes et d’apporter des solutions difficilement envisageable compte tenu de notre société.
Internet est reconnu comme une source d’information et supprimer son accès provoquerait de vrais déséquilibres qu’un téléchargement illégal ne suffit pas à justifier.
Je partage mon réseau avec qui m’en fait la demande. Ben oui, je suis comme ça. Lorsque mes nouveaux voisins ont emménagé et qu’ils n’avaient pas encore de fournisseur d’accès web, et bien je ne les ai pas envoyés se faire voir et je leur ai donné mes codes. Normal, non… on a bien dépanné en sucre ou en sel, pourquoi pas en web. Oui, mais voilà… me rendre responsable de leurs activités, c’est un peu trop. Le bas blesse et j’ai le sentiment que tout ça rend l’abonné un peu trop facilement coupable. Je ne vais pas en rajouter une couche avec le détournement d’adresse IP.
Alors que dire ? Il serait certainement plus efficace d’adapter l’industrie à la société. Car il va de toute façon falloir le faire, tôt ou tard. Car HADOPI ne changera pas grand chose.
- Trouver un moyen pour que les petites bourses puissent consommer la culture de manière légale et raisonnable.
- Arrêter de sectoriser et de limiter les accès aux médias de manière géographique.
- Diminuer un peu les profits immédiats pour augmenter les sources de revenus : investir sur un catalogue plus éclectique.
- Rendre l’accès légal aux contenus sur internet plus facile que les accès illégaux.
Tout ça demande du travail, mais c’est ce qui permettra d’adapter l’industrie à la nouvelle consommation. Car je ne crois pas que la licence globale soit une solution réaliste non plus.