
crédits photo : mattbooy
Comme le disait Jean-François Kahn sur le plateau d’Ardisson (Salut les terriens), alors qu’Hadopi n’était pas encore votée, “le problème du web, c’est l’anonymat. Ca donne lieu à toutes les dérives, des épanchements de haine sans commune mesure…”.
Je suis assez de cet avis. Avis fondé sur une expérience personnelle.
Il existe un forum japonais, 2ch.net, qui permet à tout un chacun de s’exprimer sans être enregistré. On peut y être parfaitement anonyme, l’IP n’étant pas mémorisée par la plateforme, c’est un simple cookie qui permet de garder son “identité” d’emprunt pour le suivi des discussions. Mais voilà, rien de plus simple que d’effacer ce cookie à chaque intervention. En théorie, l’idée est séduisante. Dans un pays où la communication est globalement sclérosée, donner un champs d’expression libérée est bénéfique. Oui, mais voilà, la liberté, ça s’apprend. Et dans une société où l’on ne vous donne pas les clefs pour bien gérer cette liberté, ça part très facilement en brioche. C’est ce qui arrive régulièrement sur 2ch : propos racistes, pédophiles, appel à la haine de toutes sortes… et de nombreuses conséquences en dehors du web : meurtres, suicides, etc.
A titre de comparaison, le réseau mixi.jp qui, lui, impose de très restrictifs contrôle à l’inscription, ne présente pas ce type de comportements, bien que tout autant de sujets variés soient traités. Mais l’on se sait identifié, et ça change beaucoup de choses.
Evidemment, si je rentre dans un magasin comme la Fnace ou Virgin, je vais très fortement hésité à prendre un CD, en retirer la protection magnétique, et à sortir en passant juste devant le vigile… comme ça à la vue de tous. Et c’est bien ça le truc… “à la vue de tous”.
Alors je ne dis pas qu’il faut fliquer au point de se mettre un GPS dans les fesses ou un logiciel espion sur son ordinateur. Car ce serait un raccourci beaucoup trop facile qui pourrait entraîner de lourdes conséquences, bien plus importantes que ce contre quoi on souhaiterait lutter (piratage pour Hadopi, sécurité nationale pour Loppsi).
Passer du tout ou quasi anonyme à la répression engendre des comportements paradoxaux et extrême : par crainte de se faire tracer en permanence et d’être, à tort ou à raison, considéré comme un coupable potentiel, la population d’internautes risque de s’équiper de solutions techniques lui garantissant l’anonymat le plus complet. Quels seront alors les moyens de répressions pour des situations graves ?
On en revient au même problème que celui de CD anti-copy d’il y a quelques années : les systèmes anti-copy empêchaient la lecture des CD sur certains lecteurs. Il vallait donc mieux télécharger directement une version piratée sans anti-copy pour être sûr de la compatibilité avec toute platine CD.
C’est le même problème avec Hadopi. Je suis sur Mac, avec un réseau Wifi. Je vais fermé mon wifi et pousser mon voisinage à le pirater au lieu de me demander de le partager. Comme je ne peux installer (et que je ne le veux pas) un mouchard sur mon ordi (pas compatible mac, le mouchard semblerait-il), comment vais-je justifier mon innocence en cas de doute ?
Autant que je trouve une solution qui m’assurera ma tranquilité coûte que coûte en me garantissant un anonymat total.
Ce n’est pas ce que je souhaite. Je suis plutôt pour une vraie éducation, un changement des moeurs et des habitudes, même si ça ne se fait pas du jour au lendemain, ce qui assurera une compréhension et une adaptation aux nouvelles données qu’a apporté l’usage du web dans notre société. Je ne suis pas pour l’anonymat à tout prix, mais certainement pas pour un traçage systématique des internautes.
Effectivement, on ne vole pas dans les magasins, on ne jette pas ses ordures dans le couloir de l’immeuble, on ne crache pas par terre… on ne fait pas n’importe quoi sur le web. Et la protection des intérêts économiques de certains, tout comme le souci de sur sécurisation nécessité par un discours politique ambiant, ne doivent pas permettre aux détraqués sérieux qui circulent sur le web de se cacher encore plus efficacement pour commettre leurs méfaits.