Stupeur et tremblements

Mitsubishi sur le parking de 7-eleven
Mitsubishi noire garée chaque jour ouvré sur le parking de 7-eleven avec son conducteur attendant que les journées passent

Ceux qui me connaissent bien seraient très surpris de me voir utiliser, comme titre d’un article, celui d’un roman d’Amélie Nothomb. Surtout celui-là. Roman, soi-disant autobiographique de l’écrivain belge au chapeau et à l’esprit dérangé, Stupeur et Tremblement a été ma bête noire des années durant. En gros à chaque fois que j’évoquais le fait d’avoir travaillé au Japon, on me ressortait ce bouquin, comme pour argumenter une fois de plus l’étrangeté et la dureté de la société japonaise. L’ultime arme facilitant l’absence de compréhension et de motivation à ouvrir les yeux sur les différences de la part de mes interlocuteurs, et pas forcément les moins intellectuels d’entre eux.

Amélie Nothomb est toujours aussi barrée, ce bouquin est toujours aussi caricatural et le Japon est toujours aussi riche en différences et mérite bien plus qu’un jugement à la mode journal de 13h sur TF1.
Alors pourquoi ce titre ? Parce que c’était le meilleur pour résumer ce dont je voulais parler aujourd’hui.

Tremblement car, durant la nuit passée, au moment exact où ma petite ronflait comme un tonton bourré et que le petit chien dormait à ses côtés, à l’instant où le générique du film démarrait et que ma compagne se lovait dans mes bras, la terre s’est mise à trembler. Pas au point de faire tomber quoique ce soit (magnitude 3 environs à Sapporo, épicentre de magnitude 6 environs à Aomori), mais assez longuement. Ce n’est pas la première fois que je sens la terre trembler au Japon, mais ça n’a jamais été aussi long.
D’habitude, temps de réaliser et c’est fini. Mais là, j’ai eu le temps de réaliser, d’y réfléchir, de m’alarmer, de me lever, d’écouter ma tendre me dire que ce n’est pas normal que l’immeuble bouge autant et moi de lui demander de prendre les mesures qui s’imposent (se mettre à l’abri sous le cadre d’une porte). Au bout d’une minute très longue, l’alerte était finie. Animal et enfant n’avaient pas bronché et nous avons allumé la télé pour regarder les “breaking news” nous expliquer ce qui s’était passé : une centaine de blessés, des dégâts matériels, le tout assez loin de Sapporo, à Aomori.

Stupeur car, depuis mon arrivée dans l’appartement que nous occupons dans les environs de Sapporo, je constate quasiment chaque jour la même étrange situation.
De l’autre côté du croisement, il y a un 7-eleven (convinient store, chaîne d’épiceries ouverte 24/24h) avec un parking. Sur ce parking, il y a, chaque jour travaillé (du lundi au vendredi sauf jour férié), pendant une période qui correspond aux horaires de travail pour un employé normal, la même voiture (Mitsubishi noire) stationnée avec le même quinquagénaire qui attend patiemment, le regard plongé dans le vide, droit devant, que la journée passe. Puis la voiture repart pour revenir le lendemain matin.
Je suis passé par tous les stades de mon imagination pour résoudre cette énigme : du plus parano au plus extravagant. Après concertation avec diverses personnes de mon entourage, l’explication la plus probable serait que cette personne a perdu son emploi et passe ses “journées de travail” à attendre soit parce qu’il le cache à sa famille, soit parce qu’il ne veut pas faire face à ce déshonneur en restant à la maison.
J’avais déjà entendu parler de ce phénomène, mais je n’avais jamais eu l’occasion d’en voir l’illustration concrète.
Cette situation me laisse un goût d’amertume et de tristesse, et une nouvelle fois d’incompréhension face à une telle situation de frustration, si insoutenable pour le non-japonais que je suis.

1 Commentaire

  1. Grégoire 29 juillet 2008 14:01

    WOaw! en effet ça doit secouer…merci pour lien vers mon blog! Bonnes vacances

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