Chagrin d’école

En cette fin d’année 2007, année des mes trente et un an, marque indélébile qui confirme que je suis définitivement un adulte, je découvre sous l’arbre de Noël, un cadeau de ma mère : “Chagrin d’école“, prix Renaudot 2007, par Daniel Pennac chez Gallimard. Cadeau sous le signe de l’ironie ? Manière de clore un chapitre ? Souvenir indélébile ?
Pour comprendre ces interrogations, vous devez savoir que cette autobiographie de Daniel Pennac pourrait être, à peu de choses, la mienne.
A trente ans (environs) d’écart, j’ai été le même cancre. J’ai fait souffrir mes parents-professeurs et les quelques professeurs ne cédant pas à la facilité de ne voir en moi qu’un imbécile. Même si je ne suis pas devenu l’un d’entre eux (trop gestionnaire certainement, je me rêvais en directeur d’établissement avant de comprendre que le titre ne faisait pas les moyens), ni écrivain à succès, je me suis finalement bien intégré à la société et mon travail est plutôt honorable. Alors que mes croquis permanents durant les cours m’ont valu le surnom de Guy Degrenne par une prof d’anglais, et mon imagination débordante m’attirait la haine de professeurs de français ne voulant accepter l’image de l’impuissance à me faire rentrer dans le moule que je pouvais leur renvoyer. On me prévoyait le pire des avenirs dans le meilleur des cas et pas d’avenir du tout dans le pire des cas.
J’estime qu’il y a 2 types de cancres, le premier correspond à ceux qui ne sont pas fait pour l’école et dont les capacités leur assurent le succès (ou pas) à travers d’autres voies, et ceux pour qui l’école n’est pas adaptée. La nuance est importante. Mon état de cancre n’a pas été permanent. Pour preuve, j’ai obtenu une Maîtrise de Sciences de Gestion de Paris I avec une mention bien.
Ce qui, je crois me classe dans la deuxième catégorie.
Mais revenons à Daniel Pennac, auteur que j’affectionne depuis toujours aussi bien pour ses romans que pour ces essais. Le Chagrin d’école est peut-être l’explication de cette affection. En lisant ce livre, je souffre de revivre mes dures années d’écolier, collégien et lycéen, sentant remonter en moi la haine de l’incompréhension et du rejet par le corps enseignant pour qui, culturellement, j’avais autant de respect et d’affection. Je souffre en repensant à l’angoisse que j’ai fait vivre à mes parents et à mon entourage (adulte) à cause de ce statut de cancre auquel je ne pouvais remédier malgré tous mes efforts. Non pas que j’essayais d’étudier, mais je mettais toute mon énergie à imaginer d’improbables solutions pour échapper aux devoirs.
Pennac a tout saisi. Simplement parce qu’il a vécu la même chose. Et c’est une joie de sentir qu’on n’est plus seul et que l’échec n’est pas la seule issue.
S’il avait s’agit de n’importe quel roman de Pennac, je vous aurais simplement conseillé de le lire. Mais là, je vous y invite. Pour comprendre ce qui peut se passer dans la tête et le cœur d’un cancre.
Je pense surtout à celles et ceux qui vont devoir affronter d’hypothétiques difficultés au cours de la scolarité de leur progéniture.
Le futur père et l’ancien cancre se battent en mon for intérieur.

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