Exposition Warhol à la maison Européenne de la photographie

La maison Européenne de la photographie accueille du 23 février au 4 mai 2005 plusieurs grands noms de la photographie. La diversité des talents exposés impose à toutes et à tous de parcourir les salles de cette expo parisienne.
Les organisateurs mettent en avant les photographies d’Andy Warhol et ces fameux « red books ». Elle omet de nous inviter à découvrir ou redécouvrir Baltermans et Gardin. Ce choix, purement marketing à mon sens, attirera certainement nombreux visiteurs, habitués aux Unes de Voici et Gala (liste volontairement non exhaustive), avide de people et de vide.

red

Car vide il y a, à cette exposition Warhol. Ces « red books » n’ont d’intérêt que par les sujets photographiés. Si vous aimez les icônes des années 60 à 90, ces quelques photos exposées, sans mises en valeur spécifiques, satisferont votre curiosité.
L’égérie du Pop-art ne vous dévoilera que des morceaux épars de sa vie. Cette intimité parfois vulgaire ne mérite pas le déplacement. Si vous aimez Andy Warhol et le pop art, je vous invite à franchir le périphérique et vous dirigez à Lyon, au musée d’art contemporain pour découvrir « Andy Warhol, l’œuvre ultime ». Il s’agit alors d’une vraie exposition de plus de 200 pièces. Les polaroïds punaisés laissent place à des tableaux révélateurs du talent de Warhol. Vous serez touchés par les photos inédites et surtout les dernières œuvres de sa vie. Toute l’influence de Pollock et Basquiat se retrouve dans les toiles exposées. Si vous aimez la peinture abstraite, laissez vous emporter par ces peintures et sérigraphies exceptionnelles.
Cette exposition est relayée avec talent par Pop Up!. Dépêchez vous, le 8 mai, la magie disparaît et Mao ne vous suivra plus du regard….

Mais revenons à Paris et aux talents cachés de cette expo. Si comme moi, vous ne connaissiez pas Gianni Brengo Gardin, vous seriez sensibles à son œil. Il rencontre Doisneau à Paris et cette sensibilité transpire dans son œuvre. Ses photos m’ont davantage bouleversé que Doisneau car l’homme est discrètement présent et s’efface face à la beauté de la nature ou de la création humaine. Si Doisneau fait de l’individu son point de vue photographique principal, Gardin situe l’homme en observateur distant. Ses instants de vie quotidienne, cette réalité, parfois brutale, nous est montrée avec recul. J’ai aimé cette distance, génératrice de pensées et de prise de conscience. Malgré la dureté de certains clichés, nous ne sommes jamais gênés. Gardin réussit à nous communiquer son émotion avec puissance et beauté. Je suis tombé amoureux de ce photographe et la qualité des tirages exposés est certainement une raison essentielle à cet envoûtement.

gardin
Pour ma génération, née sous la bipolarisation du monde, ces photos nous remémorent le temps jadis. Une ère scindée entre le bien et le mal, entre la démocratie et la dictature, entre l’information et la désinformation. « L’œil de la Nation », surnom de dmitri Baltermans , est la pierre angulaire de la communication de l’Empire Soviétique d’alors. Une volonté de magnificence et de symbolique au service de l’URSS toute puissante qui servit à la propagande durant trois décennies. Ces clichés sont autant de sujets d’école. Ces photos sont un monument d’Histoire. Elles sont la perception de millions de russes durant 30 ans de leur monde.
Pour les occidentaux, c’est la remémoration de nombreux secrétaires généraux de l’URSS jusqu’à Gorbatchev. Une fresque historique dense que l’on regarde de l’autre coté du mur…. Une nostalgie que l’on visionne en noir et blanc tels nos rêves.

baltermans
La maison Européenne offre à nos yeux toute la beauté de la photographie. Le cliché volé d’une star en deserrance à Staline sur son lit de mort se juxtapose à la beauté de l’Italie et de ses femmes….
Visitez cette expo et dites moi quel artiste vous a subjugué !

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